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L’ancienne fabrique de la vallée de Saint Julien a été bâtie vers la fin du 19e siècle, pour les besoins de la « Garantie Foncière » en entrepôts et cave à vin. La Garantie Foncière avait été crée par Jules Lang, avec une plantation de 500 hectares de vignobles, dans différents secteurs de Bonifacio, dont Piantarella et Falate et jusqu’à Solenzara. Durant l’hiver 1897, elle employait 180 personnes, 40 bœufs, 20 mulets et chevaux…

Plus tard, dans le 20e siècle, le bâtiment abrita une petite fabrique de bouchons dirigée par Emmanuel Rai. D’où son nom, l’ancienne fabrique.

(d’après « Bonifacio à travers ses rues et places », de François Canonici)

 

Tombant en ruines au fil des années, la « fabrica » a été démolie récemment, la place ainsi nivelée fait désormais office de parking.

 

Jusqu’à novembre 2016, un bel ombra  y dispensait encore son ombre. Le bel ombra, phytolacca dioica, a fait son apparition en Corse dans la deuxième moitié du 19e siècle : originaire de l’Amérique du Sud, le bel ombra a été apprécié, et donc rapporté par nos ancêtres, pour son développement rapide et sa grande longévité. De très beaux sujets survivent encore rue Fred Scamaroni, ceux de Saint Roch ont disparu, celui de Porto-Vecchio, sur la place, se remet de la tempête de janvier 2012 ; à Cargese, à Piana ils font la fierté des riverains et le plaisir des visiteurs.

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Pour nous, ce n’est pas de la fierté, c’est la honte. Le bel ombra de la fabrique a été purement et simplement abattu … pour gagner quelques places de parking.

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Il y a quelques années, un arbre planté sur une terrasse de la marine, lors d’un aménagement municipal, avait été « coupé » par le restaurateur, pour mettre une table ou deux de plus…, nous l’avions dénoncé. Plus récemment, nous avions débuté ce blog avec le dégagement d’un euphorbe sur les remparts, au prétexte qu’il « bouchait » la vue d’un riverain..

Le bel ombra de la fabrique ne sera pas l’arbre de l’année 2016, à l’instar du pistachier de Ghisonaccia, du châtaignier de Zonza, de l’olivier de Monticello …2016 aura été son année de mort..

 

« Les arbres et les forêts passaient pour le suprême présent que la terre eût fait à l’homme » (Pline l’Ancien ). Et ces arbres rapportés par nos voyageurs racontent l’histoire de la Corse . 

Visiblement, le profit que génère ces parkings qui enlaidissent la ville, ses abords, ses sites les plus remarquables empêchent le particulier comme l’élu  d‘entendre cette histoire..

 

Qui écoute encore l’histoire du « boscu » : « il y a à Bonifacio une espèce de bois ou petit bois qui sert de promenade aux habitants. On y voit des chênes verts, des oliviers sauvages et des genévriers. Les troncs de ces arbres sont d’une grosseur singulière. On les conserve à cause de leur antiquité et il y a des défenses très rigoureuses de les dégrader ou de les abattre sous peine de galère ou d’avoir le poing coupé ». Incendié par les troupes en 1793, les souches restantes alimentant les feux de l’armée ensuite, interdisant de fait toute repousse , le bois a totalement disparu. (d’après « Bonifacio à travers ses rues et places » de François Canonici)

 

Reste une station exceptionnelle, et protégée ( !)  d’ornithogales d’Arabie, ou Etoile de Bethleem.  Qui fleuriront bientôt. Enfin, ce qu’il en reste : durant tout l’été, l’espace est rentabilisé à outrance, et l’on voit des dizaines de voitures garées sur les talus, sur le moindre bout de terre ou de végétation, dès que les places officielles sont occupées. Le principal étant que l’automobiliste passe par la case « caisse » en sortant.

Alors la végétation … et la beauté des sites ..